La conscience et le Moi
- Éveil Sensible

- 14 févr.
- 4 min de lecture
Du vécu inconscient à la naissance de soi
Qu’est-ce que la conscience ? Cette question traverse toute l’histoire de la philosophie et de la psychologie. Pour Carl Gustav Jung, être conscient, ce n’est pas seulement penser ou réfléchir. C'est ressentir...
Être conscient, c’est percevoir et reconnaître le monde extérieur,et se reconnaître soi-même dans la relation à ce monde.
La conscience n’est donc pas abstraite. Elle est relationnelle, incarnée, vivante.
Le Moi : un centre, mais pas la totalité
Au centre de la conscience, Jung situe ce que nous appelons le Moi.
Le Moi n’est pas une entité fixe. Il est un agrégat vivant :
de sensations,
de perceptions,
de pensées,
de souvenirs,
et surtout… d’affects.
👉 Le Moi se construit à travers ce que nous ressentons. C’est par les émotions et les sentiments que nous prenons conscience de nous-mêmes avec le plus d’acuité.
Jung avance même une hypothèse essentielle :
C’est à travers un affect que le petit enfant prend conscience de son Moi pour la première fois, c’est-à-dire qu’il se reconnaît comme séparé de sa mère.
La naissance du Moi est donc émotionnelle, avant d’être intellectuelle. D'où l'impérieuse nécessité de savoir prendre soin de son affect.
D'autant plus, cette séparation d'avec la mère est très souvent vécue comme un trauma : > Il plonge le "tout petit" dans une dépendance affective, dans une recherche "anxiogène" de sécurité et de considération,
Il élaborera alors des stratégies pour nourrir son affect - archaïques au début - et qui se complexifieront en grandissant. NB : l'estime de soi se construis très tôt. Encore plus tôt selon les ressentis du bébé dans le ventre de sa maman -selon s'il a été voulu ou non-, c'est même trangénérationnel parfois ! Cette estime de soi se forge en fonction des signaux extérieurs d'affection, de considération, d'approbation ou de désapprobation que lui renvoi son entourage. L'indifférence est dévastateur. C'est dans cet espace qu'apparaissent les blessures narcissiques en cas de traumas profonds et violents.
Une conscience étroite, limitée… et précieuse
Jung souligne plusieurs caractéristiques fondamentales de la conscience :
1. Une conscience limitée
La conscience ne peut embrasser qu’un nombre restreint de contenus à la fois. Elle est par nature étroite.
👉 C’est pourquoi tant de choses agissent en nous hors champ.
2. Une conscience localisée
Selon Jung, la conscience est probablement liée aux hémisphères cérébraux, contrairement à l’inconscient, qui ne semble pas localisé de la même manière.
👉 La conscience est un outil, pas un absolu.
3. Une conquête tardive de l’évolution
La conscience individuelle n’est pas donnée d’emblée.
Sa forme originelle est une conscience de groupe.
Pendant des dizaines de milliers d’années, l’être humain s’est vécu avant tout comme membre d’un clan, d’un peuple, d’un collectif.
👉 L’individu séparé est une construction récente dans l’histoire humaine.
Et encore aujourd’hui, souligne Jung, il existe des peuples… et des individus modernes… chez qui la conscience individuelle est peu développée.
Une vie largement inconsciente
Jung va jusqu’à affirmer quelque chose de dérangeant pour l’ego moderne :
Une grande partie de la vie humaine s’écoule de manière inconsciente.
Même dans nos sociétés dites “évoluées”,beaucoup de personnes vivent :
en réagissant
en répétant,
en obéissant à des automatismes, sans réelle conscience d’elles-mêmes.
👉 Ce constat n’est pas un jugement.Il est le point de départ du travail intérieur.
Le processus d’individuation : devenir soi-même
C’est précisément cette réalité qui conduit Jung à formuler le processus d’individuation.
L’individuation, ce n’est pas :
devenir quelqu’un de spécial,
se différencier à tout prix,
renforcer l’ego.
C’est un mouvement plus subtil :
👉 Devenir de plus en plus soi-même, en intégrant à la conscience ce qui, en nous, agit jusque-là dans l’inconscient.
Cela implique :
reconnaître ses conditionnements,
accueillir ses affects (émotions et ruminations mentales qui les entretiennent)
éclairer ses zones d’ombre (cf backdraft),
élargir progressivement le champ de la conscience.
De la survie à la présence
Tant que la conscience est faible :
le Moi est fragile,
les émotions débordent ou sont coupées,
la vie est vécue en mode réactif.
À mesure que la conscience s’approfondit :
le Moi se stabilise,
l’observation remplace la compulsion,
un espace intérieur apparaît.
👉 La conscience devient un lieu habitable et régénérant.
Un chemin, pas un état
Il est important de le rappeler :
la conscience n’est pas acquise une fois pour toutes,
le Moi n’est jamais totalement “achevé”.
L’individuation est un processus vivant,
fait de retours en arrière, de prises de conscience, de chutes et de réintégrations.
👉 Ce n’est pas une ligne droite.
👉 C’est une spirale d’élargissement (Cf Spirale Dynamique).
🧭 En résumé
La conscience est relationnelle et incarnée
Le Moi est un centre, mais pas la totalité de la psyché
Les affects jouent un rôle central dans la naissance du Moi
La conscience individuelle est une conquête tardive
Une grande partie de notre vie se déroule inconsciemment
Le processus d’individuation vise à intégrer l’inconscient à la conscience
Devenir soi-même est un chemin progressif de présence
Dans les prochains épisodes de Cartographie de l’Âme,nous explorerons :
le Moi et le Soi,
les complexes,
les archétypes,
et la manière dont la conscience peut devenir un véritable espace de transformation.
👉 Car apprendre à se connaître, ce n’est pas se contrôler,
c’est apprendre à habiter ce que l’on est avec le cœur comme guide (cf Gratitude : un



Commentaires